Il se passa un certain temps avant que la petite Annie n’ose regarder de nouveau autour d’elle. Entre temps, le soir avait commencé à tomber, et l’espoir que tout cela ne soit en fin de compte qu’une plaisanterie du vieux magicien s’évanouit peu à peu. Elle était désormais persuadée que Nerod Laptsev était un véritable enchanteur. D’un autre côté, la pensée qu’elle devrait passer la nuit toute seule dans cet endroit sombre et humide la remplissait d’un tel effroi qu’elle avait envie de pleurer toutes les larmes de son corps. La forêt devait être peuplée de créatures effrayantes. Et où avait-elle atterri, exactement ? Si elle avait la chance de pouvoir atteindre le bord de la boîte, peut-être pourrait-elle l’escalader et appeler maman. Et celle-ci saurait convaincre le magicien de lui rendre sa taille normale. Mais oui, bien sûr : en fin de compte, elle n’avait fait qu’une tentative pour casser le jeu, mais sans y parvenir. Mêmes les adultes devaient pouvoir comprendre une chose aussi simple…
– Keu-heum !
Quelqu’un se mit à tousser dans son dos.
La petite Annie fit un bond, effrayée, sans doute pour la centième fois de la journée. Puis elle se retourna avec circonspection et fit un autre bond, cette fois de joie.
– Mon petit sac à dos ! Cette découverte lui fit complètement oublier tous les monstres de la forêt. Tu es encore là ! Si tu savais comme je suis contente ! Et moi qui croyais devoir passer la nuit toute seule. Mon cher petit sac à dos préféré !
– Tiens donc, quel miracle ! marmonna le sac à dos avez aigreur. Boucle rousse est toute gentille. Il faut l’écrire à la craie blanche, pour que ça ne s’oublie pas.
– Qu’est-ce que tu as, tu es encore fâché contre moi ? Allons, ne sois pas mesquin, je t’en prie ! Si je t’ai arraché la fourrure, c’est que, que, euh… je ne savais pas que tu étais vivant, c’est pour ça.
– D’accord, maintenant tu le sais. Et alors ?
– Comment ça et alors ? Là, franchement, tu m’étonnes : c’est pourtant facile de comprendre que ça change tout !
– Quoi par exemple ? Le sac à dos toisait la petite Annie avec le regard de quelqu’un à qui l’on propose de faire passer des vessies pour des lanternes.
– Eh bien… heu… La petite Annie se creusa les méninges pour trouver quelque chose, mais en vain. Bon, d’accord, vas-y, toi.
– Une excuse, ce ne serait pas de trop pour commencer.
– Ah-ah… Hm… Eh bien…
– C’est un tout petit mot qui commence pas « e », fit remarquer le sac à dos, serviable.
– Bon, d’accord, d’accord. Puisque tu insistes tellement. Excuse-moi, je ne l’ai pas fait exprès.
– Ah, c’est parfait ! s’écria le sac à dos, triomphant. Ça fait un bail que j’attends ce moment. J’ai même préparé une réponse. Tu veux l’entendre ?
– Oui, bien sûr.
– Eh bien, ton excuse, je n’en veux pas ! susurra le sac à dos entre ses dents, là-dessus, il entreprit de se farfouiller le nez consciencieusement.
La petite Annie en fut tellement offensée que ses yeux se remplirent de larmes.
– Mais pourquoi donc ? demanda-t-elle, incrédule. Tu me détestes tant que ça ?
Le sac à dos continuait à se fouiller dans le nez.
– Est-ce qu’on ne peut pas être amis ? ajouta la petite Annie en pleurnichant.
– Oh, c’est bien connu, l’interrompit le sac à dos. On donne des claques, ensuite on s’excuse. Non, mais regarde un peu de quoi j’ai l’air !
– Mais je suis sérieuse…
– Oui, ben sérieuse ou pas, je n’accepte pas ! J’en ai assez vu avec toi, c’est fini !
La petite Annie n’y tint plus, elle s’assit par terre et se mit à pleurer à chaudes larmes. Celles-ci coulaient sur son visage comme de petits ruisseaux de nacre. Jamais elle ne s’était sentie aussi malheureuse et abandonnée, pas même le jour où elle s’était perdue au zoo.
– J’ai-ai peur-eur, j’ai-ai peur-eur, sanglotait-elle, écrasant ses larmes avec ses poings. I-ci, tout est effra-yant… Je veux re-tour-ner chez ma-man… J’ai si peur…
– Bon, écoute, dit le sac à dos au bout d’un moment. Moi non plus, je ne sais pas comment sortir d’ici.
La petite Annie pleurait toujours désespérément.
– Je veux dire que je ne pourrai pas t’être d’un grand secours.
– Oui, mais au moins, tu es là, répondit la petite Annie. Je n’ose même pas penser ce que je pourrais bien faire toute seule.
Elle continua à hoqueter encore quelques minutes, puis, lorsqu’elle se fut calmée, elle réfléchit, s’essuya les yeux d’un geste énergique et dit :
– Je t’en prie, ne sois plus fâché ! Je suis tout à fait sincère : je veux vraiment qu’on soit amis. Sans toi, je serai complètement seule, je t’en supplie, ne m’abandonne pas !
Un faible espoir éclaira le regard du sac à dos :
– De vrais amis ? demanda-t-il, encore incrédule. De ceux qu’on reconnaît dans le besoin ?
– Des vrais de vrais. Parole d’honneur !
– Et tu ne seras plus aussi coléreuse ? Même quand je te dirai quelque chose qui ne te plaira pas ?
– Promis.
– Réfléchis bien ! Ce qui est dit est dit !
La petite Annie réfléchit une seconde avant de répondre :
– De vrais amis. Des vrais de vrais.
La nuit passa très vite et sans péripéties. Heureusement, c’était aussi l’été dans la forêt, on pouvait donc dormir à la belle étoile. Sans compter que le sac à dos, qui était tout duveteux, réchauffait autant qu’une bonne couette. Le lendemain matin, nos deux voyageurs se réveillèrent un peu humides de rosée, mais le soleil les sécha bien vite. La petite Annie se rappela sur le champ qu’elle n‘avait rien mangé depuis la veille. Là encore, le sac à dos se révéla d’une aide inestimable : dans les buissons environnants, il cueillit à pleines mains des mûres bien parfumées, aussi grosses que des fraises et tout aussi délicieuses, bien qu’un peu acidulées. Boucle rousse s’en lécha carrément les doigts. Quant au sac à dos, bien sûr, il avait beau parler, il n’avait pas besoin de se nourrir, si bien que la petite Annie se sentit bientôt suffisamment rassasiée pour penser à sa maison.
– Qu’est-ce que tu en dis ? Quel chemin devons-nous prendre ? demanda-t-elle en s’essuyant les doigts à son tee-shirt.
– Si tu veux mon avis, ça m’est complètement égal. On peut essayer à droite, non ?
Aussitôt dit, aussitôt fait. La petite Annie mit le sac à dos sur son dos et s’engagea bravement sur le sentier. Mais elle avait à peine fait dix mètres qu’une vue extraordinaire s’offrait à ses yeux.
Le sentier menait à une seconde clairière, plus petite, barrée par un tronc d’arbre puissant et centenaire. L’arbre était si gros qu’il obstruait carrément le chemin. Mais quelqu’un avait creusé en son milieu un trou, comme un tunnel, à travers lequel un être humain pouvait passer debout sans aucun problème. Mais l’issue n’était pas libre : une énorme toile d’araignée était suspendue juste devant, accrochée à un assemblage complexe de leviers et d’engrenages. A gauche se trouvait une petite caisse destinée à recueillir de l’argent, en forme de mâchoire animale grande ouverte. A droite, croisant deux paires de ses huit jambes, une énorme araignée poilue était assise et se nettoyait consciencieusement les ongles à l’aide d’un grand couteau. Prisonnière de la toile d’araignée, une mouche dodue, de la taille du sac à dos, s’agitait désespérément.
– Libère-moi tout de suite ! Espèce de malotrus ! Je ne t’ai rien fait, moi !... criait la mouche d’une voix stridente et chevrotante.
L’araignée se contenta de ricaner d’un air suffisant, découvrant deux rangées de dents acérées.
– Attends encore un peu que j’aie le temps de m’occuper de toi, la mignonne. C’est bientôt la pause du déjeuner.
– Au secours ! Oh là là ! se mit à hurler la mouche, mortellement effrayée. Celle-là, elle veut me manger !
– Chaque chose en son temps ! marmonna philosophiquement l’araignée sans plus lui accorder d’attention.
– Eh toi, la petite, ajouta-t-elle en s’adressant à Boucle rousse qui s’apprêtait déjà à fuir à toutes jambes, si tu veux passer, débourse tout de suite, bientôt je ferme. Qu’est-ce que t’as à hésiter ?
– Ben, c’est que… répondit la petite Annie en bafouillant, terrorisée. Je voulais juste regarder.
– Et qu’est-ce qu’il y a à voir d’après toi ? Un tunnel, c’est un tunnel, et celui-là, il est comme les autres. Cette nana, elle a des problèmes, parce qu’elle a voulu passer gratis, mais avec moi, des trucs comme ça, ça ne passe pas, qu’on se le dise !
Elle jeta un regard de travers à la mouche et poursuivit :
– Allez, mets ton fric dans la caisse, et j’ouvrirai aussitôt la toile d’araignée. Si y a quelque chose que tu ne comprends pas, tout est écrit là : elle montra du doigt un panneau que la petite Annie n’avait pas remarqué jusqu’à présent. Si tu ne sais pas lire, je peux t’aider.
– Oh, non, ce n’est pas la peine. Le cœur de la petite Annie battait aussi fort qu’une machine à coudre. Je ne faisais… que passer.
– Bon, bon, comme tu veux, répliqua l’araignée, déçue, d’un ton traînant. Mais tu n’iras pas dire, après, que le service est mal fait ici. Pour moi, le client est roi, tu sais. Tu vois ce diplôme ? Je l’ai reçu des mains de monsieur Heino en personne.
– J’ai… oublié quelque chose. Excusez-moi, il faut que je me dépêche.
La petite Annie fit volte-face et se mit à courir de toutes ses forces. Elle ne s’arrêta que lorsqu’elle eut regagné la première clairière. Son cœur battait la chamade.
– Oh là là, quelle sauvage ! s’écria le sac à dos derrière elle. Malheur à celui qui tombe dans ses pattes ! Laisse-moi aller un peu par terre, j’ai les jambes qui tremblent.
– Et mai-maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
– Apparemment, ce n’était pas la bonne direction. On va en essayer une autre.
– D’accord, mais laisse-moi me reposer un peu, j’ai les jambes en coton !
Les deux amis se blottirent l’un contre l’autre.
– Tu parles que d’un service ! Si tu ne payes pas, on te bouffe tout cru, lança le sac à dos.
– Oh, j’ai eu si peur que j’ai failli tomber dans les pommes. Qu’est-ce que tu en penses, ça veut dire quoi tout ça ?
– Eh bien, un passage payant, si j’ai bien compris. Pour passer, il faut payer. Tu as de l’argent, toi ?
– Pas un centime.
– Moi non plus. Tu parles que d’une affaire ! ?coute, on aura peut-être une idée un peu plus tard, mais pour le moment, mieux vaut se tenir à l’écart de ce chemin.
– Pauvre mouche, t’as vu comme elle criait ? je me demande si…
– Quoi ?
– Non, rien, je me demandais seulement si on ne pouvait pas l’aider.
– Ah, non, je t’en prie, ne sois pas ridicule ! rétorqua le sac à dos, indigné. T’as pas vu ses dents ?
– Ah, si j’étais aussi forte que Fifi brin d’acier…
– Peut-être, mais tu ne l’es pas ! Et ça, ici, c’est pas une histoire pour enfants, c’est du vrai, ne l’oublie pas, s’il te plaît !... Ça y est, tu t’es reposée ? Alors, on y va, on n’a pas de temps à perdre.
La petite Annie le remit sur son dos et prit la direction opposée. Peu après, le chemin déboucha sur un endroit large et découvert. Apparemment, la forêt s’arrêtait là.
Un vaste étang s’étalait à perte de vue, interrompu çà et là par de petites îles peuplées d’épaisses souches. Tout d’abord, la petite Annie pensa qu’elle était arrivée à la rivière, mais elle comprit immédiatement qu’il n’en était rien : l’air était chargé de l’odeur lourde de vase et de marécage, sans compter que l’eau, trouble et immobile, ne ressemblait pas du tout à celle d’une rivière. A quelques mètres de là, non loin du début de l’étang, se trouvait une grosse souche complètement recouverte de toutes sortes de bidules et de trucs. Boucle rousse s’approcha craintivement et se mit à l’inspecter à distance respectable.
La première chose qu’elle remarqua, c’est que là aussi, comme sur le chemin de l’araignée, il y avait une petite caisse pour déposer de l’argent : une face ricanante avec quelques poils en guise de moustache, un nez en velours noir, des yeux de verre étincelants et une bouche grande ouverte d’où pointaient deux incisives. Un peu à l’écart, on voyait un écran de télévision relié à une antenne satellite posée au sommet de la souche. Deux gros hauts parleurs complétaient le tableau et parmi tout cela, on pouvait voir diverses pièces plus petites et variées : une hélice, des pédales, un petit tableau de bord avec des boutons et un bon nombre de panneaux métalliques avec des signes indéchiffrables.
– C’est quoi, à ton avis ? demanda le sac à dos.
– Je n’en sais rien, mais ça me semble encore plus compliqué que l’ordinateur de maman. Tu crois que ce serait dangereux de s’approcher un peu plus ?
– Je ne peux pas te le dire, mais regarde par là : c’est le même panneau que chez l’araignée. Elle avait dit que tout était expliqué dessus. On peut aller voir si ça va nous éclairer, proposa le sac à dos.
De fait, non loin de la souche, on avait planté un panneau couvert d’une grande quantité d’inscriptions et de dessins. La petite Annie s’approcha avec précaution et se mit à examiner le panneau.
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Encore plus bas, il y avaient quelques dessins qui montraient successivement une main en train de mettre de la monnaie dans la gueule de la caisse, puis l’étang traversé par un long pont, enfin une silhouette qui passait sur le pont.
Tout en bas, on voyait la photographie d’un monsieur à l’air patelin, avec l’inscription suivante : « Vous pouvez toujours compter sur moi : le castor Heino. » Avec une signature à grands traits, illisible. La tête du monsieur ressemblait à s’y méprendre à la face dessinée sur la caisse.
– Dis donc, Annie, cette caisse… en fait, c’était un castor ! Et moi qui croyais que c’était un gros rat, dit le sac à dos.
– C’est bien gentil, mais ça ne nous dit pas comment on peut passer. Ici aussi, on réclame de l’argent.
– Bah, au moins, il n’y a pas d’araignée monstrueuse. C’est quand même quelque chose, non ?
– Hmm, fit Annie, peu enthousiaste. Ouais.
– Écoute, on peut essayer de passer quand même, proposa le sac à dos. Peut-être que ça va marcher. Ce n’est qu’une stupide machine, tu ne crois pas ?
– Je ne sais pas, rétorqua la petite Annie qui hésitait. Et s’il arrivait quelque chose…
– Si tu veux, on peut aller supplier l’araignée, reprit le sac à dos d’un petit air innocent.
– Comment ça, tu plaisantes ? La petite Annie allait se fâcher, mais elle se rappela sa promesse et ajouta, radoucie :
– Bon, d’accord, si tu insistes. On verra ce qui va sortir de tout ça.
Lentement, ils s’approchèrent de la souche et l’examinèrent sous toutes ses coutures.
– On commence par quoi ? demanda le sac à dos.
– Eh bien, il faut sûrement appuyer sur un bouton, répondit la petite Annie d’un ton peu assuré. Tiens, celui-ci, par exemple.
– Alors, vas-y !
Boucle rousse tendit le bras et appuya sur le bouton. La grande antenne satellite se mit à bourdonner légèrement et à tourner. Sur l’écran de télévision apparut la tête d’une grosse dame castor, et une petite voix fluette se fit entendre dans les hauts parleurs :
« Bienvenue, bienvenue ! Je suis très heureuse de vous voir ! Si vous voulez utiliser le système, veuillez mettre une pièce dans la bouche de la caisse, de cette manière, puis attendre que le pont amovible se mette en place. Les différents panneaux relient les souches de l’étang, et la longueur totale de la construction est supérieure à cinq cents mètres. C’est l’ouvrage le plus important réalisé dans toute la forêt des fantômes. D’après nos informations… »
La petite Annie tendit de nouveau la main et appuya derechef sur le bouton. La télévision s’éteignit, le silence se fit.
– De la pub, dit-elle avec ennui. On va devoir essayer un autre bouton.
Le bouton suivant actionna une hélice bruyante, quant aux autres, rien. La petite Annie commençait à désespérer.
– Hé, regarde ce que j’ai trouvé, Annie ! s’écria le sac à dos qui examinait l’autre bout de la souche. Viens m’aider, je n’arrive pas à le faire bouger tout seul.
Boucle rousse fit le tour de la souche et vit que le sac à dos essayait de toutes ses forces d’appuyer sur un grand levier qui pointait un peu à l’écart.
– Allons-y ensemble ! Allez, un, deux, trois…
Sous leurs efforts conjugués, le levier se mit peu à peu à bouger, puis à tourner dans un grincement désagréable. La petite Annie attendit de voir ce qui allait se passer.
Des portes s’ouvrirent des deux côtés de la souche avec un bruit sourd, et deux mains métalliques en sortirent brusquement, recouvertes de gants en caoutchouc épais. Avant même qu’elle ne comprenne ce qui arrivait, les deux mains se saisirent de la petite Annie et la retournèrent la tête la première, tandis qu’une troisième, plus haut, se mettait à lui donner des fessées.
– Au secours, à l’aide ! cria-t-elle. Laissez-moi !
Mais la machine continua à la fesser autant de fois qu’elle avait été programmée pour le faire. Lorsqu’elle s’arrêta, la petite Annie avait déjà renoncé à crier et supportait les coups stoïquement. Pour finir, les mains la secouèrent vertement sur la terre et rentrèrent dans la souche sans dire un mot.
– Oh, Annie, je suis tellement désolée, s’écria le sac à dos visiblement en proie aux remords. Comment pouvais-je deviner que c’était un piège. Excuse-moi, excuse-moi !
– Ce n’est rien, rétorqua la petite Annie, la mâchoire crispée, tout en séchant silencieusement ses larmes. Il ne l’emportera pas au paradis ! Il va voir de quel bois je me chauffe, ce Heino, c’est moi qui te le dis !
– Attends, attends un peu, dit le sac à dos d’un air rêveur. Tu te rappelles que l’araignée a mentionné ce nom, elle aussi ? Mais oui, bien sûr, elle a dit qu’elle avait reçu le diplôme de monsieur Heino. Ça veut donc dire que ce faux jeton est leur chef, non ?
– Oui, on dirait bien.
– Dans ce cas, on ferait bien de l’éviter. Si ses subordonnés sont de tels brigands, ça ne doit pas être non plus un saint.
– Ah ça non ! s’entêta la petite Annie. Brigand ou pas, il va voir ce qu’il va voir. On ne me la fait pas à moi.
– Bon, d’accord, ne te fâche pas, on y pensera le moment venu. Pour l’instant, il faut reconnaître qu’on n’a pas avancé d’un pas dans notre recherche. J’ai bien l’impression qu’on ne pourra pas non plus passer par ici.
– Oui, tu as raison, reconnut la petite Annie d’un air sombre. Il ne nous reste plus que le troisième chemin. Si c’est la même chose que les autres, je ne sais pas ce qu’on va faire.
– On aura toujours bien une idée. Allez, on y va, je meurs de curiosité !
« Tu parles, pour toi, c’est facile, se dit la petite Annie. Il n’y a personne pour s’inquiéter et pleurer, personne pour se demander où tu as disparu… Maman a déjà dû donner l’alarme dans tout le quartier. Si seulement elle savait que je ne suis qu’à deux pas d’elle. »
Elle poussa un gros soupir, prit le sac à dos sur son dos et retourna dans la clairière.